OpenType « Pro » ?
Une image sous Photoshop peut avoir 16 bits par couche, est-ce à dire que toutes les images sorties de Photoshop ont 16 bits par couche ? Certainement pas. Pour OpenType, c’est pareil : le format ouvre de grandes possibilités, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont forcément exploitées.
Ouvrir une police Type 1 sous FontLab et l’exporter au format OpenType prend quelques secondes – le résultat n’est pas forcément mauvais (sans toutefois un succès automatique garanti) mais on n’a pas gagné grand chose (si ce n’est une compatibilité multi-plateformes supérieure). De même, la définition d’une police OpenType peut très bien s’appliquer aux banales polices TrueType fournies avec Windows. Car c’est un format dont les principales caractéristiques sont potentielles :
- 65 536 glyphes : c’est la limite supérieure, aucune police OpenType n’en a autant, et aucune n’est obligée d’avoir plus de glyphes qu’une police Type 1.
- Des fonctions typographiques OpenType : leur présence n’est pas obligatoire, ni leur étendue. De plus, on peut en faire pour un script (comme le script arabe) et pas pour un autre (comme le script latin) – c’est le cas de plusieurs polices Microsoft.
- Les courbes PostScript : pas obligatoires, des courbes TrueType suffisent.
On comprend que certains aient cherché à séparer le bon grain de l’ivraie en appelant les polices OpenType les plus riches des « OpenType Pro ». En effet, quand Adobe a converti sa typothèque au format OpenType, les polices ont été renommées avec soit le suffixe « Std », soit avec le suffixe « Pro ». Ce qui a engendré bien des confusions : ces qualificatifs n’ont pas séparé d’un côté les polices « pauvres » et les polices « riches ». Des polices qui au format Type 1 avaient des variantes SC/OSF (petites capitales & chiffres elzéviriens) et Expert (ligatures, fractions, exposants) sont devenues des polices « Std », d’autres des « Pro ».
Certes, les polices Adobe « Pro » sont presque toutes riches en fonctions OpenType, couvrent des besoins linguistiques étendus et sont bien sûr au format PostScript. Mais cela ne signifie pas que les « Std » sont forcément pauvres ! Par exemple, Dante Std, Fairfield Std, Poetica Std sont plus riches en fonctions OpenType que Trajan Pro !
Pourtant, nulle part dans le standard OpenType on ne parle d’OpenType Pro. En fait, c’est juste un choix marketing d’Adobe, malheureusement assez mauvais, qui est censé désigner ainsi des polices couvrant au minimum les jeux de caractères Adobe pour les langues d’Europe occidentale, d’Europe centrale et baltes (croate, estonien, hongrois, letton, lituanien, polonais, roumain, slovaque, slovène, tchèque) et le turc. Toutefois, les rares polices OpenType avec courbes TrueType de la typothèque Adobe (la collection WebType) portent aussi le qualificatif de Pro, sans le mériter d’après le critère précédent…
Des responsables d’Adobe ont reconnu l’erreur et la confusion engendrée, avec peut-être à la clef une révision en profondeur des noms des polices lors de la prochaine version du Font Folio. En attendant, si vous commandez une police Adobe sur leur site, repérez plutôt les icônes de fonctions que le suffixe attaché au nom de la police…
De même, pour les fonderies ayant adopté ce qualificatif de « Pro », il faut se renseigner avant pour savoir ce que l’éditeur a mis derrière…
Les autorisations d’insertion
À la différence des polices PostScript Type 1, le format TrueType prévoit de définir les règles de propriété voulues par le créateur de la police. Le format OpenType en hérite donc. Quatre degrés de droits sont donc attribués à la police (source : Wikipédia) :
- Installable embedding allowed : vous pouvez inclure la police dans le document et l’installer définitivement sur la machine cible.
- Editable embedding allowed : vous pouvez inclure la police dans le document et l’installer temporairement sur le récepteur.
- Print & Preview embedding allowed : vous pouvez inclure la police dans le document et l’installer temporairement sur le récepteur, le document étant en lecture seule.
- Restricted licence embedding : vous n’avez pas le droit d’inclure la police dans votre document.
C’est donc un aspect nouveau à prendre en compte si vous n’aviez travaillé avant qu’avec des polices Type 1. Les logiciels Adobe, comme InDesign par exemple, respectent ces droits lors de l’impression d’un fichier PostScript ou de l’exportation au format PDF.
Adobe et Microsoft spécifient pour leurs polices Editable embedding allowed (même parfois Installable embedding allowed pour Microsoft – Adobe et Microsoft sont deux éditeurs de logiciels permettant l’incorporation des polices et la création de formulaires…). D’autres fonderies (y compris les polices qu’Adobe diffuse sous licence) n’autorisent que Print & Preview embedding allowed (Restricted licence embedding est heureusement plutôt rare : il empêche l’incorporation de la police).
Où trouver des polices OpenType ?
Ma page Panorama des polices OpenType pour le script latin sur le site de Luc Devroye recense les polices OpenType comportant des fonctions typographiques évoluées (courbes PostScript ou TrueType) et, quoique mise à jour irrégulièrement, forme encore la liste la plus complète à ce jour. Il s’y trouve quelques polices gratuites. Microsoft Typography annonce aussi régulièrement de nouvelles parutions (rubrique News).
Les applications Adobe sont graduellement fournies avec un nombre plus important de polices (Adobe Reader et Acrobat depuis la version 6, InDesign depuis toujours, Illustrator depuis la version CS), ce qui amène la Creative Suite d’Adobe à apporter plus d’une quarantaine de polices OpenType, totalisant 212 graisses et styles différents.
Pour aller plus loin
Le lecteur qui m’aura suivi jusque là aura peut-être envie d’approfondir le sujet. Voici quelques pistes :
- FontLab est un éditeur de polices qui gère tous les formats modernes : Type 1, MultiMaster, TrueType, OpenType. Il est fourni en version de démonstration (en anglais) illimitée dans le temps (seulement limitée à l’enregistrement et l’exportation) : idéal pour en apprendre plus sur les polices en regardant ce qu’elles ont dans le ventre.
- Fontes & codages de Yannis Haralambous (son site regroupe aussi nombre de ses articles).
- Le site de Microsoft Typography est une référence, assez riche en documentation.
- La liste OpenType (pour s’inscrire : subscribe-opentype@indx.co.uk) est le meilleur endroit pour se tenir au courant du standard et de ses évolutions. Tous les noms qui comptent dans le domaine, que ce soit d’Adobe, de Microsoft, d’Apple, de Tiro ou d’ailleurs, sont inscrits sur la liste. Les débutants sont bienvenus, mais il faut un minimum de connaissances ou d’expérience en création de polices pour pouvoir suivre les débats. Échanges en anglais.
|